05.08.2008
Adieu camarade

Plus qu'un grand écrivain, Soljenitsyne était une légende. «Et malgré tout, il arrive qu'un cri déclenche l'avalanche…», a écrit l'homme au long visage de prophète. Son cri fut entendu dans le monde entier. Et ce cri fut la raison d'être de l'écrivain : témoigner pour les victimes du goulag et dénoncer le communisme comme le mensonge absolu. Sa révolte contre la machine totalitaire, ses incessants coups de boutoir contre la «doctrine unique et vraie» ont fait de ce rescapé des camps de concentration le témoin à charge numéro un des tortionnaires soviétiques. Rien, jamais, ne l'arrêta.
Sa longue vie fut placée sous le signe des miracles. Par trois fois, en effet, il échappa à une mort donnée pour certaine. Il sortit vivant des terribles combats du front russe, pendant la Seconde Guerre mondiale, où son comportement héroïque durant le siège de Leningrad lui valut d'être promu capitaine. Puis, il résista au calvaire de plusieurs années de camp. Enfin, durant sa captivité, il fut atteint d'un cancer dont il guérit miraculeusement. [...] En 1990, paraît Comment réaménager notre Russie ?, essai dans lequel il défend l'idée d'une Union soviétique plus petite, plus russe, d'un retour aux valeurs familiales, traditionnelles, après un long cauchemar. Ce texte provoque un débat. Certains l'accusent d'être rétrograde et de vouloir éloigner l'URSS de l'Europe. Trois ans plus tard, il accepte de parrainer, à l'invitation de Philippe de Villiers, les manifestations du bicentenaire des massacres de Vendée. Il y prononce un vibrant hommage aux insurgés vendéens de 1793. Leur combat est comparé à celui des paysans russes contre les bolchéviques. «Toute révolution déchaîne les instincts de la plus élémentaire barbarie», déclare-t-il devant une foule enthousiaste.
«Un être humain ressemble à une plante. Lorsqu'on l'arrache d'un lieu et qu'on le rejette au loin, cela dérange des centaines de racines minuscules et de centres nerveux», avait-il déclaré en arrivant en Occident en 1974, à l’aube de vingt années d’exil.
Dans le peuple et l’histoire russe, l’orthodoxie occupe une place absolument à part sous deux rapports : le rapport historique d’abord car, sans l’orthodoxie, ni notre grand Etat ni notre grand peuple n’existeraient ; le rapport gnoséologique ensuite car c’est par la Weltanschauung [la vision du monde] orthodoxe que toute notre culture et nos penseurs se sont frayés un chemin. Ces deux mérites de l’orthodoxie, je l’espère, viendront contrebalancer l’épouvantable état où l’a conduite le bolchevisme. [...] Le monde musulman grandit, ce sera le phénomène marquant du XXIe siècle. Nous n’avons rien à faire là-dedans. [...] En Occident, c’est l’abondance, oui, tout est splendide, on a tout. L’Occident est florissant, oui, sur le plan matériel. Mais les âmes, les âmes des gens se changent en déserts, la facilité les prive de ressort. Le XXIe siècle sera le théâtre d’un terrible conflit entre ce qu’on appelle le tiers-monde, la plus grande part de l’humanité, et ce qu’on appelle la race blanche. Il y aura des événements pénibles à vivre. Tout le monde sera concerné et, si nous n’arrivons pas à élever nos cœurs, à être affermis et purs intérieurement, nous tous, l’humanité, serons condamnés à périr. [...] Je me réjouis qu’il y ait des nationalités ; j’estime qu’elles sont la richesse de l’humanité, les différentes facettes du projet Divin, (…). Il faut donc les préserver. En Occident, les Lumières depuis le XVIIIe siècle ont propagé cette idée mensongère que toutes les différences nationales seraient un jour gommées et que toute l’humanité serait une, réunie. Le XXe siècle nous a montré avec une évidence particulière qu’il n’en était rien. Les nationalités essaient toutes de se renforcer et d’affirmer leur originalité. C’est une bonne chose. [...] Notre tâche majeure la plus haute c’est de préserver notre peuple déjà tellement éprouvé, de préserver son être physique (la démographie !), mais aussi moral, sa culture, ses traditions.
source : Alexandre Soljénitsyne, Une minute par jour, Fayard, 2007, 301 p., 18,05 €
via: JI Pays d'Aix
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04.08.2008
Même avec des bottes de sept lieues...

On ne vit pas sans s'anémier en dehors de son climat. Vous m'objecterez, vous, hommes de progrès, qu'aujourd'hui le moteur a raccourci les distances physiques : je vous répondrai qu'il a augmenté les distances morales. Vous ajouterez que l'homme contemporain vit d'une manière autrement indépendante de sa terre que l'homme d'autrefois : je vous répondrai que cet homme a fait passer sa terre dans sa conscience, qu'il a reconnu toute l'influence du milieu, qu'il y a des atavismes collectifs, que les origines naturelles ont imprimé à chaque peuple des caractères indélébiles et lui ont assigné une direction initiale et que, même si nous avons des bottes de sept lieues, nous emportons toujours notre sol natal aux clous de nos souliers.
Gonzague de Reynold, Défense et Illustration de l'esprit suisse
02:17 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.08.2008
Le premier août a dégénéré en kermesse
01:43 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.07.2008
Le règne de la quantité
Nous pourrions dire qu'un des drames essentiels de notre époque se trouve dans ce "règne de la quantité" qui ne nous donne plus du nombre qu'une conception résiduelle. Nous affirmons volontiers que "comprendre c'est mesurer", nous nous rendons maître et possesseurs de la nature", nous développons une puissance technique de plus en plus considérable mais, si nous savons bien de quoi la science et la technique nous libèrent, nous oublions de nous demander en vue de quoi elles nous rendent libres. Nos mesures sont de plus en plus privées de Mesure et nous vivons chaque jour davantage sous le joug de violences techniques qui, pour douces et insidieuses qu'elles soient, n'en sont pas moins des plus dangereuses. En outre, notre conception résiduelle de la quantité s'exerce dans un nouveau domaine : celui de la statistique. Celle-ci nous amène à confondre la moyenne et la norme, ce qui se fait et ce qui devrait se faire, la quantité et la qualité; c'est ainsi que nous pensons volontiers qu'un bon livre est celui qui se vend à des centaines de milliers d'exemplaires, que la vente d'un disque dépassant le million d'exemplaires nous indique que nous sommes en présence d'une oeuvre de qualité. Le culte du record et de la performance envahit tous les domaines et se détache sur un fond de gratuité tel que l'homme d'aujourd'hui, à qui l'on propose de tous cotés des explications de plus en plus nombreuses empruntées à la science, à l'histoire ou à la politique, se reconnaît bien volontiers dans les héros de l'absurde qui montent en haut de pentes de plus en plus escarpées, des rochers de plus en plus lourds sans savoir en vue de quel but a lieu un tel déploiements de forces. Le "désenchantement des sociétés techniciennes" dont parle Max Weber, vient de ce que l'homme des pays surdéveloppés possède aujourd'hui une infinité de moyens qu'il est impuissant à mettre au service d'une fin digne de ses efforts et capable de leur donner un sens.
Il est donc toujours temps de nous souvenir que Pythagore conseillait à ses disciples de se demander chaque soir: " Quelle faute ai-je commise ? Quel bien ai-je fait ? Quel devoir ai-je oublilé ? " Le règne de la quantité et celui de la puissance ne devraient pas nous faire croire que nous sommes désormais dispensés de nous poser quotidiennement ces trois questions.
Jean Brun, Les présocratiques
13:37 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.07.2008
L'agonie des Lumières
Si les termes « populisme » et « communautarisme » figurent au premier plan du discours politique aujourd’hui, c’est parce que l’idéologie des Lumières, exposée à des attaques de provenance diverse, a perdu une grande partie de son attrait. Les prétentions de la raison universelle sont universellement suspectes. Les espoirs d’un système de valeurs qui transcenderait les particularismes de la classe, de la nationalité, de la religion et de la race ne sont plus guère convaincants. De plus en plus, on perçoit la raison et la morale des Lumières comme un masque pour le pouvoir, et la perspective d’un monde régi par la raison semble plus lointaine qu’à aucun moment depuis le XIXe siècle. Le citoyen du monde – prototype de l’humanité de l’avenir, selon les philosophes des Lumières – n’est guère visible. Nous avons un marché universel, mais il n’est pas porteur des effets civilisateurs qu’en attendaient avec tant de confiance Hume et Voltaire. Au lieu d’engendrer une prise en compte nouvelle de nos inclinaisons et de nos intérêts communs – de l’identité essentielle des êtres humains sur toute la surface du globe – le marché mondial semble intensifier la prise de conscience des différences ethniques et nationales. L’unification du marché va de pair avec la fragmentation de la culture.13:01 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.07.2008
Les deux Europe
"Si après avoir repensé à l'Europe telle qu'elle était avant 1914, ordonnée, florissante, abondant en commodités, menant une vie facile, vigoureuse et sûre d'elle même, on est conduit à considérer l'Europe d'après-guerre, on la retrouve appauvrie, agitée, triste, toute partagée par de fausses barrières douanières, et l'on voit une Europe où se trouve dispersée la brillante société internationale qui se rassemblait dans ses capitales, où chaque peuple est occupé de ses propres tourments, saisi par la crainte du pire, et, par conséquent, détourné des choses de l'esprit, où est éteinte ou presque la vie commune de la pensée, de l'art, de la civilisation, on est porté à établir entre les deux Europe une profonde différence et à marquer la séparation par la ligne, ou plutôt par le gouffre, de la guerre de 1914-1918."
Benedetto Croce - Histoire de l'Europe au XIXe siècle (1931)
00:51 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.06.2008
"Jean-Jacques, aime ton pays."

Je me souviens d’avoir été frappé dans mon enfance d’un spectacle assez simple, et dont pourtant l’impression m’est toujours restée, malgré le temps et la diversité des objets. Le régiment de Saint-Gervais avait fait l’exercice et, selon la coutume, on avait soupé par compagnies. La plupart de ceux qui les composaient se rassemblèrent, après le souper, dans la place de Saint-Gervais, et se mirent à danser tous ensemble, officiers et soldats, autour de la fontaine, sur le bassin de laquelle étaient montés les tambours, les fifres, et ceux qui portaient les flambeaux. Une danse de gens égayés par un long repas sembleraient n’offrir rien de fort intéressant à voir ; cependant l’accord de cinq ou six cents hommes en uniformes, se tenant tous par la main, et formant une longue bande qui serpentait en cadence et sans confusion, avec mille tours et retours, mille espèce d’évolutions figurées, le choix des airs qui les animaient, le bruit des tambours, l’éclat des flambeaux, un certain appareil militaire au sein du plaisir, tout cela formait une sensation très vive qu’on ne pouvait supporter de sang-froid. Il était tard, les femmes étaient couchées ; toutes se relevèrent. Bientôt les fenêtres furent plein de spectatrices qui donnaient un nouveau zèle aux acteurs : elles ne purent tenir longtemps à leurs fenêtres, elles descendirent ; les maitresses venaient voir leurs maris, les servantes apportaient du vin ; les enfants, même, éveillés par le bruit, accoururent demi-vêtus entre les pères et les mères. La danse fut suspendue ; ce ne furent qu’embrassements, ris, santés, caresses. Il résulta de tout cela un attendrissement général que je ne saurais peindre, mais que, dans l’allégresse universelle, on éprouve assez naturellement au milieu de tout ce qui nous est cher. Mon père, en m’embrassant, fut saisi d’un tressaillement que je crois sentir et partager encore. « Jean-Jacques, me disait-il, aime ton pays. Vois-tu ces bons Genevois ? Ils sont tous amis, ils sont tous frères, la joie et la concorde règnent au milieu d’eux. Tu es Genevois ; tu verras un jour d’autres peuples ; mais, quand tu voyagerais autant que ton père, tu ne trouveras jamais leurs pareils. »
Jean-Jacques Rousseau
02:39 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Simone Weil a dit :

L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. Même sans conquête militaire, le pouvoir de l’argent et la domination économique peuvent imposer une influence étrangère au point de provoquer la maladie du déracinement. […] l’argent détruit les racines partout où il pénètre, en remplaçant tous les mobiles par le désir de gagner. Il l’emporte sans peine sur les autres mobiles parce qu’il demande un effort d’attention tellement moins grand. Rien n’est si clair et si simple qu’un chiffre.
Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines, car il se multiplie lui-même. Des êtres vraiment déracinés n’ont guère que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l’âme presque équivalente à la mort […] ou ils se jettent dans une activité tendant toujours à déraciner, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou ne le sont qu’en partie.
Simone Weil - L'enracinement
00:10 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2008
Napoléon a dit :

La nature a fait votre état fédératif ; vouloir la vaincre n'est pas d'un homme sage.
Sans les démocraties de vos petits cantons, vous ne présenteriez rien que ce que l'on trouve ailleurs ; vous n'auriez pas de couleur particulière. Songez bien à l'importance d'avoir des traits caractéristiques ; ce sont eux qui, en éloignant l'idée de ressemblance avec les autres Etats, écartent celle de vous confondre avec eux, et de vous y incorporer.
Napoléon
(Discours du 12 décembre 1802 aux députés suisses à Paris)
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15.06.2008
Toujours plus haut !

[...] Car, comme les hommes marchent presque toujours dans les voies frayées par les autres et procèdent dans leurs actions par des imitations, comme l’on peut suivre tout à fait les voies des autres ni atteindre à la valeur de ceux que l’on imite, un homme sage doit toujours s’engager dans les voies frayées par de grands hommes et imiter ceux qui ont été tout à fait supérieurs, afin que si sa vaillance n’y arrive point, il s’en exalte au moins quelque parfum ; et faire comme les archers avisés qui, le lieu où ils veulent frapper leur semblant trop éloigné, connaissant la puissance de leur arc, fixent leur visée beaucoup plus haut que le lieu indiqué, non pas pour atteindre de leur flèche un telle hauteur, mais pour, avec l’aide de cette si haute visée, parvenir à leur dessein.
Nicolas Machiavel, Le Prince
17:27 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
































